DoMeAFavour

And break my nose

Dimanche 28 septembre 2014 à 11:40

Se prouver quelque chose à soi-même. Faire tomber des mâchoires. Gagner. 

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Jeudi 25 septembre 2014 à 19:54

Vers 5h du matin, il s'était glissé dans la chambre d'invités, pour me rejoindre sous les draps. Mon coeur avait sonné, lourd et retentissant, comme un gong du destin. 

Il me serrait tendrement dans ses bras. ses doigts dansaient sur ma nuque. Nos bouches se touchaient presque. Son souffle brûlant embaumait mon visage, mais je m'appliquais à fuir ses lèvres. 
Très vite, je succombai à l'envie de le caresser. Mes mains me démangeaient furieusement, mes paumes réclaimaient désespérément son épiderme. Il eut un petit rire de satisfaction, un tout petit rire insolent et victorieux. Il avait gagné.
Enfin presque. Je refusais toujours de l'embrasser, malgré les sommations muettes de ses mains agrippant doucement ma chevelure. Je détournais la tête effrontément, encore et toujours, haletant de frustration. Cela ne freina pas ses ardeurs; il redoubla d'efforts, poursuivant inlassablement ce ballet interminable de nos deux visages. 

J'avais peur. J'étais terrifiée. Je savais ce qu'il se produirait, si je baissais ma garde. Mon coeur entamait déjà une danse effrénée un peu trop familière à mon goût, et je ne voulais pas l'encourager dans ses acrobaties. Je ne voulais pas tomber amoureuse de Rob, bordel de merde, non je ne voulais pas. Ce n'était pas l'offre pour laquelle j'avais souscris. 

Mes lèvres, la dernière porte qu'il restait à franchir avant d'atteindre mon coeur. 

Le flot de pensées s'entrechoquant dans ma tête me distrayait dangereusement; Rob profita de ce moment d'inattention de ma part, et m'embrassa.

A peine ses lèvres entrèrent en contact avec les miennes que je cessai le combat. Je me rendai. Je m'abandonnai immédiatement à lui. 

Mon coeur explosa. Plénitude. Les paupières closes, J'expirai de bonheur dans son baiser. Des papillons. Des putains de milliers de papillons battaient de leurs ailes contre les parois de mon ventre. Ce que je ressentais en cet instant-même était si fantastique, si inimaginable que j'avai l'impression de ressusciter. Merde, c'était véritablement comme si j'étais morte avant. Mieux encore, c'est comme si je n'étais pas née jusqu'à ce que Rob m'embrasse. Il m'insufflait la vie.

Ses lèvres douces et fermes, sa langue délicieuse et habile, ses soupirs stimulants, sa main impérieuse plongée dans mes cheveux... C'était le baiser que j'avais recherché toute ma vie sans le savoir. Il m'embrassait comme j'avais toujours rêvé que l'on m'embrasse. Tant de précision et de concordance que c'en était effrayant. Il m'avait donné le baiser Parfait. 

J'étais prise au piège. 


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Mercredi 6 août 2014 à 17:21

Déjà minuit. Seule, assise sur le canapé de Rob, j'écoutais The Smiths - son groupe préféré - qu'il avait laissé tourner sur YouTube, pendant qu'il téléphonait dans la cuisine. L'ivresse la plus complète m'ayant déjà touchée vers 18h, et ma tête atteinte la cuvette vers 21, j'étais parfaitement remise, et maîtresse de mes actes.

Rob était au téléphone avec son meilleur ami Matthew. Ce dernier le mettait au courant de l'appel alarmant d'une Andrea en pleurs et bouillonnante de rage qu'il avait reçu. Andrea, cette fille avec qui Rob s'était liée d'amitié, qu'il hébergeait chez lui durant quelques temps. Cette fille maladivement jalouse, instable, cette fille folle amoureuse de lui, dont il ne partageait pas les sentiments. Cette fille qui s'imposait ce soir-là, lors de notre première rencontre avec Rob. Cette fille qui était responsable de cette place vide sur le canapé à côté de moi.
Saoul, envieuse, frustrée, blessée par notre proximité, Andrea était partie en trombe de chez notre hôte, claquant la porte dramatiquement. Et Matthew, leur ami commun, en faisait les frais.

Dans la confusion la plus complète, je venais tout juste de passer quelques unes des plus belles minutes de ma vie, étroitement enlacée dans les bras de Rob, tandis qu'il baisait mon front inlassablement, caressant mon bras. Sur son ordinateur, The Smiths nous jouaient la plus belle chanson de leur répertoire à ce moment précis; Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me. Cette chanson qu'il s'était fait tatouer sur la poitrine.
Habituellement, j'aurais été un peu plus indulgente, en pensant au mal-être d'Andrea, en comprenant sa douleur de ne pas être aimée en retour, en essayant de la consoler. Pourtant, une étrange force obscure s'était emparée de moi, une bouffée d'égoïsme me submergeait. Je souhaitais de toutes mes forces qu'elle aille au diable, qu'elle nous laisse tranquille, et qu'elle aille crever ailleurs.
J'étais éblouie, aveuglée par Rob, par cette béatitude addictive qui me gagnait en sa compagnie.

Non, ne tombe pas amoureuse Laure, surtout pas.

Ne supportant déjà plus le manque brûlant de son étreinte, je ne tins plus et rejoignis Rob dans la cuisine. Je le dévorais des yeux, affichant une expression affectueuse et gourmande. Il me tendit son bras, invitation muette à me blottir contre sa poitrine. Il me serra peut-être pour la treizième de la soirée, et en lâcha presque son téléphone.

"Oh mon dieu, tu sens incroyablement bon!... Non Matthew, je ne parlais pas à toi, je parlais à Frenchy... Elle sent tellement bon!". 

Dans le combiné, Matthew répondit quelque chose que Rob n'écouta pas. Il ne prêtait plus attention à quoi que ce soit d'autre que moi. Ivre et d'humeur audacieuse, il glissa sa main sur mes reins, sous mon chemisier, et, remonta ma colonne vertébrale du bout des doigts. Il m'en donna la chair de poule. Je le lâchai aussitôt, pour lui lancer un regard réprobateur. Mon cerveau me suggérait de retourner sagement dans le salon en attendant qu'il raccroche, mais mes jambes refusaient de m'y emmener. Je restai plantée là, à le contempler, stimulée par sa brève caresse. 

Il raccrocha enfin, et je me jetai sans cérémonie dans ses bras. Il recommença son manège, faisant danser ses doigts sur mon dos, s'amusant avec mon épiderme. Je ne pouvais m'empêcher de fermer les yeux, appréciative. A son touché, mon corps se ramollissait dangereusement, comme une marionnette à qui l'on aurait coupé les fils de suspension. Il m'ensorcelait, plus efficacement qu'un sort de l'Imperius, plus rapidement qu'un charmeur de serpents. Je ne pouvais plus rien faire. J'étais déjà sienne.

"- Ta peau est si douce..."


Soudain, il dépassa une nouvelle limite. Enhardi par les litres de cidre qu'il avait bu, il glissa sa main dans mon pantalon. Sous le satin de ma culotte. Il empoigna l'une de mes fesses. 

"- Rob. Arrête ça. Je t'en prie", murmurais-je de façon peu convaincante.
"- Mais c'est si bon", répondit-il dans un souffle, son nez plongé dans ma chevelure.
"- Arrête. Ne fais pas ça." 

Dans un effort immense, je parvins à le repousser, chassant cette petite voix tentatrice dans ma tête.


J'étais officiellement outrée. C'était déplacé, terriblement déplacé. Je l'aurais giflé sans hésitation, si cela avait été n'importe qui d'autre. Mais j'avais pris à son geste malgré moi. Un plaisir indécent. La féministe en moi en était indignée.  

Cependant, Rob n'était pas n'importe qui, justement. Il était cet homme extraordinaire qui m'avait prise sous son aile, épaulée, écoutée chaque soir pendant six mois. Il était là pour les coups durs, comme pour les grandes joies. Il supportait sans broncher mes lamentations répétées de disque rayé. Il me conseillait, me guidait, me ramassait quand je tombais, presque à la manière d'un père, parfois. Contre toute attente, il avait été un véritable ami pour moi. Je m'étais tellement ouverte à lui, confiée, déversée, dévoilant même mes côtés les plus étranges et sombres, qu'il me connaissait mieux que quiconque. Mieux que moi-même.

Ce n'était rien de bien plus méchant que l'un de ces petits jeux intimes qui constituaient notre bulle mystérieuse et insolite, ces liens indéfinissables qui se tissaient entre nos deux coeurs et nos deux corps. 
C'était une réponse en accord avec mes désirs. Rob lisait en moi, il savait que je le voulais. J'étais un feu de braise soufflant mes cendres sur lui. il savais que, lentement, je 'tombais pour lui', comme ils disent ici. Il sentait comme moi, que cela relevait de la destinée. Nous étions tels deux aimants, impuissants contre les forces physiques de l'attraction. 

Il était ma pièce de puzzle manquante. La Cendrillon de ma pantoufle de verre. L'Arthur de mon Excalibur. 
J'étais le couvercle de son pot. L'allumette de sa cigarette. Le fourreau de son épée. 

Lutter contre lui aurait été comme lutter contre l'univers. 


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Dimanche 3 août 2014 à 1:41

Je t'ai rencontré au mois de février dernier, deux mois avant de commencer mon contrat au musée des Beatles.

Morgan me manquait, et j'avais besoin de 'tirer mon coup' pour décompresser, aussi laid que cela puisse paraître. Alors, sur le site de rencontre, je me suis laissée attirer par cette coiffure impeccable à la McCartney de 64, ces mèches ébènes, brillantes et soyeuses que je me voyais déjà empoigner, ces traits espiègles, ce costume élégant que tu semblais porter sans occasion particulière, tes doigts sur ce ukulélé. Tu n'étais ni plus ni moins qu'un autre 'poulain' que j'ajoutais sans ménagement à mon palmarès déjà trop grand d'aventures post-coeur-brisé.
Je suis très vite passée à table. Je n'ai fait qu'une bouchée de toi, je t'ai consommé, englouti aussitôt chaud. 
Tu étais loin d'être une vedette au lit; tu manquais incroyablement de technique, et tu avais cette fougue débordante et cette insolence typique de jeune étalon. Cependant, j'aimais ce côté Christian Grey en toi, cette apparence vestimentaire distinguée, trop distinguée pour ton jeune âge, cet attrait à la domination, ce culot désarmant. Oui, j'ai apprécié, lorsque, du haut de tes vingt-et-un ans, tu m'as ordonnée à moi, chasseresse affirmée de cinq ans ton aînée, de me toucher, de me goûter. Audace outrageante, mais efficace. 
Cette 'entente cordiale', cet accord passé entre adultes consentants, ce partenariat aurait pu durer un peu plus longtemps si tes manières avaient été aussi élégantes que tes tenues; mais on ne se tire pas de chez une fille vingt-minutes-douche-comprise après être arrivé, quelque soient les 'modalités du contrat'.
Je n'ai pas perdu mon temps avec un petit con dans ton genre. 

Mais nous sommes devenus collègues deux mois plus tard. Et je l'avoue, j'ai trouvé très délectable de faire semblant de ne pas te connaître, lorsque ma toute nouvelle patronne nous a présenté l'un à l'autre le jour de mon introduction. Je retrouvais cette excitation de mes jeunes années, quand j'aimais dénicher mes conquêtes au boulot. Je ne le nie pas, j'aurais volontiers eu de nouveau un collègue avec qui flirter, et jouer sur les interdits. 
Mais j'ai été affectée dans l'autre bâtiment de la boîte, celui où tu ne travailles jamais. Par conséquent, tu es très vite passé à la trappe, ne demeurant rien de plus qu'une anecdote que je raconterai par la suite à la poignée de collègues auxquels je fais confiance. 
Jusqu'à ce mercredi dernier, jour de la fête du personnel.

Ils ne s'étaient pas moqués de nous les supérieurs hiérarchiques avec cette petite gâterie annuelle! Serveurs engagés spécialement pour l'événement, DJ de goût, buffet, alcool à volonté. Nous étions tous sur notre 31. Et tu n'as pas fait exception à la règle. 

Ta présence m'a chatouillée, titillée, frustrée. Ton allure cette fois, c'était du McCartney version 65-66, plus libérée, avec ta chemise fuschia entrouverte, ton pantalon à pince gris, ta coupe au bol plus longue de quelques centimètres, et ta clope au bec, dangereusement suspendue tout au bout de tes lèvres. A peine quatre mois s'étaient écoulés depuis la dernière fois que je t'avais vu, et pourtant, les traits de ton visage semblaient avoir gagné une ou deux années. Merde, tu étais tellement érotique que c'était dérangeant.

Si moi je t'ai ignoré le plus clair de la soirée, toi m'as ignorée encore plus fort, avec davantage d'acharnement et d'insolence. J'ai terriblement honte d'avouer que ta voix douce et tes intonations serviables quand, complètement ivre, je t'ai demandé ton briquet, ont été mon moment préféré de la soirée. 

Le pire, c'est que je n'ai même pas VRAIMENT envie de te remettre dans mon pieu. J'ai peut-être juste développé un goût trop important pour les défis. 


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Mardi 24 juin 2014 à 14:31

J'étais nerveuse à l'idée de le rencontrer.

Que peut-il bien se passer, avec quelqu'un à qui l'on parle tous les jours depuis six mois, mais que l'on a encore jamais vu dans la vraie vie? Quelqu'un avec qui l'on a une forte alchimie, mais dont on n'est visiblement pas la tasse de thé? 
Et puis merde, depuis que j'avais couché avec P en 2011, et que D, aveuglé par un amour déraisonnable, avait coupé les ponts avec moi du jour au lendemain la même année, je n'avais plus de meilleur ami masculin. Et cela me manquait terriblement. Je ne me l'explique pas, il y a quelque chose dans l'amitié d'un garçon dont j'ai besoin, un je-ne-sais-quoi grisant et réconfortant que je ne parviens à trouver chez les filles. 

Il fallait que Rob reste ce nouveau meilleur ami que je m'étais enfin trouvé, rien de plus, rien de moins. Il fallait que je lutte à tout prix contre notre compatibilité sexuelle, il fallait que je bloque mon esprit à cette connexion intense, relevant presque de l'alter-ego, entre nous. 

Avant de partir, j'ai serré ma coloc' dans mes bras, pour un peu de courage. Qui sait ce qui aurait changé, la prochaine fois que je la verrais?

J'ai mis mon chemisier en mousseline noire à col et manches blancs. Mon chemisier Du-Premier-Rencard; un style à la Yves Saint-Laurent, simple, mais élégant, qui donne une bonne première impression. 

C'était le lendemain de mon anniversaire, et lui et son amie Andrea - qu'il hébergeait pour quelques temps - avaient décidé d'improviser une micro-fête pour l'occasion. Juste, lui, elle et moi, et de l'alcool à foison, dans sa maison du Lancashire, à deux heures de Liverpool. La distance, l'une des principales raisons pour lesquelles il ne m'a jamais accordé de chance.

Il m'attendait sur le quai de la gare. Lorsqu'il me vit, il ouvrit grand ses bras d'Anglais, ses bras pâles, parsemés de tâches de rousseur, pour m'accueillir. Il était ma terre promise, je le savais. 




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