DoMeAFavour

And break my nose

Mardi 18 juillet 2017 à 14:12

Je ne sais plus si je l'ai déjà mentionné au cours de ces dix dernières années sur Cowblog, mais je suis une grande fan de Harry Potter. Quand je dis fan, je veux dire dans le genre vraiment hardcore qui mémorise des trucs complètement débiles comme par exemple le nombre de coups de hache qu'a reçu Nick-Quasi-Sans-Tête. Si je faisais le concours des animateurs sur TF1, je prendrais clairement le thème Harry Potter et je gagnerais haut la main. Je ne sais plus si Qui Veut Gagner des Millions passe toujours à la télé en France, mais si vous avez besoin d'un contact supplémentaire pour l'Appel à Un Ami, vous pouvez clairement compter sur moi pour ce genre de connerie. 

Et puis j'ai un tatouage des Reliques de la Mort. 

 
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Et sinon j'ai ces autocollants chez moi, et je ne regrette rien]

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J'ai commencé à lire Harry Potter en août 2001, alors que mes parents venaient juste de se séparer. J'avais 13 ans, et ma mère avait confié ma garde temporaire (3 ans) à mes grand-parents. Bien que le commencement de la lecture de cette saga n'ait aucun rapport avec les évènements, et que je fus presque parfaitement heureuse jusqu'à l'âge de 15 ans, Harry Potter était mon refuge. Mon moyen de tenir bon quand j'avais quelques tracas en tête. J'avais eu certes une belle enfance, bien qu'attypique, j'étais entourée de gens qui m'aimaient. J'avais des grand-parents en or qui valaient tous les parents du monde, ceux du genre qui savent répondre à toutes les questions de Julien Lepers et qui ne te laissent pas repartir sans un bouquet de fleurs fraîches ou un sac de noisettes du jardin, ou trois tranches de gâteau fait maison enveloppées dans du papier alu "pour que tu manges au petit déjeuner". Mon grand-père était anciennement menuisier, et savait tout fabriquer de ses propres mains. Il n'y avait rien qu'il ne savait réparer. Il avait aussi un jardin plein de lilas, cerises, dalias, framboises, hortensias, concombres, roses, myrtilles, tulipes, rhubarbes, laitues, brugnons, muguet etc. Ma grand-mère était la femme la plus savante que je connaissais. Elle semblait absolument tout savoir, en toute humilité. Jamais elle ne se vantait de toutes ses connaissances, et se contentait de répondre justement aux questions qu'on lui posait. Elle m'a transmis son attrait à l'histoire, et m'emmenait chaque année à une tournée des musées parisiens. Elle était par ailleurs une cuisinière hors-pair, et ses plats au goût douceur-de-vivre étaient réputés auprès de toute la famille et amis. 

Bref, je m'égare. Le fait que, malgré tout cela, j'avais quelques frustrations qui me pourrissaient la vie; le sens des priorités de ma mère, qui batifollait avec le connard qui devint mon beau-père par la suite, la passivité de mon père par rapport à moi, et l'envie de vivre qui le quittait à petit feux. Et surtout, mes troubles compulsifs alimentaires qui s'installaient pour de bon. C'était très dur à gérer d'être la rondouillarde de la classe, à un âge où l'on commence à ressentir une forte attirance pour - dans mon cas - les garçons. Je commençais tout doucement à jalouser mes amis qui connaissaient leurs premiers émois amoureux, tandis que moi je n'étais que la meilleure amie des garçons, leur pote. Le seul atout qu'ils semblaient me voir était le fait que je soies formée depuis l'âge de 10 ans. Bien souvent, des garçons essayaient de toucher ma poitrine, mais à leurs yeux, j'étais essentiellement un mec à seins. A bien des égards, j'étais plutôt flattée de ma position spéciale de confidente; j'étais un peu comme la nana qui murmurait à l'oreille des chevaux, sauf que les chevaux étaient des garçons, et l'on venait souvent à moi pour des conseils amoureux, même si j'étais la plus célibataire de toute la cour de récré. Je ne pouvais m'empêcher d'aspirer à davantage. 

 

Je ne supportais pas mon corps, je n'ai jamais pu. C'est pour ça que j'ai commencé à avoir des crises de boulimie, et par la suite de me faire vomir. Harry Potter était mon moyen d'évasion; ironiquement, moi qui aimais être le centre de l'attention, Potter  était un univers où j'appréciais particulièrement de n'être que spectatrice. Je me concentrais tellement fort sur les lignes que je lisais que ce monde prenait forme visuellement dans mon esprit. L'histoire prenait une forme si nette dans ma tête que j'avais l'impression d'être l'ombre des protagonistes, ou bien comme projetée dans une Pensine. Je prenais plaisir à imaginer les traits des personnages, et attribuais même certains du physique de célébrités que je trouvais belles. Remus Lupin ressemblait à George Clooney, Cho Chang à l'actrice qui jouait Lana Lang dans Smallville, Angelina Johnson et Alicia Spinnet ressemblaient ressemblaient à Beyoncé Knowles et Kelly Rowland des Destiny's Child, Katie Bell à Avril Lavigne, et Sirius Black à Ewan McGregor [Par ailleurs, d'un point de vue physique, je voyais plutôt Kenneth Branagh dans le rôle de Ludo Verpey que dans celui de Gilderoy Lockhart, mais bon].
J'adorais tout particulièrement lire Harry Potter les soirs de pluie, lorsque les gouttes d'eau martelaient le velux de ma chambre. 

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En y pensant, c'est fou ce que la maison des Weasley me rappelait ma propre maison. Mes grand-parents, bien qu'ayant une situation stable à l'abri du besoin, vivaient modestement. Leur maison l'était en tout cas. C'était les moins matérialistes du monde en tout cas. Ils n'étaient pas du tout avares, mais ils préféraient dépenser leur argent dans les voyages, les petits coups de pouces à la famille et les cadeaux aux petits-enfants. Cependant, tout le monde était d'accord que leur maison dégageait une atmosphère accueillante, chaleureuse, confortable. Une maison un peu modeste, mais bien entrenue et décorée. Tous les membres de notre famille en situation de crise venaient se réfugier chez mes grand-parents. Tout le monde voulait noyer son chagrin dans les blagues espiègles de mon grand-père et le gâteau aux noisettes de ma grand-mère. Bien des choses dans Arthur et Molly Weasley me rappellent mes grand-parents. 
Ma chambre dans leur maison était même étrangement similaire à celle de Ron Weasley; au plus haut étage, sous le toit, avec du papier peint orange et un couvre-lit  en laine orange, comme la couleur de l'équipe préférée de Ron. Cette ressemblance accidentelle m'amusait. 


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Harry Potter était une sorte d'ami imaginaire, mais de la façon la plus saine qui soit. J'entends par là que ce n'est pas comme si j'avais de sérieux problèmes et parlais à quelqu'un d'invisible, mais juste que je développais une grande reconnaissance et affection fraternelle pour le personnage, bien que parfaitement consciente qu'il était fictif. Un ami rassurant qui ne me jugeait pas sur mon physique, qui n'attendait rien de moi forcément, étant imaginaire; il me donnait le droit d'abandonner mes tracas et de m'assoir confortablement sur le siège passager, pour un voyage dans un monde où les gens avaient des choses bien plus passionnantes à faire que s'éterniser sur les critères physiques.
 
Depuis, je n'ai jamais cessé de relire la saga continuellement, pour seule exception de septembre 2009, lorsque je m'étais essayée au boulot de jeune fille au pair en Irlande. J'avais débattu de si je devais prendre les livres avec moi ou non, mais comme une idiote, j'avais fini par me dire que Harry Potter appartenait à l'enfance, et que laisser mes livres derrière moi était accepter officiellement de grandir. Quelle grande conne que j'étais. Cela me valut le plus gros mal du pays jamais expérimenté. Je ne fis pas long feu en Irlande (du moins, pas cette année-là), et me jetai immédiatement sur mes bouquins en rentrant. Ce fut à partir de ce moment-là que Harry passa d' 'ami imaginaire' au statut de foyer. Partout où j'avais un bouquin Harry Potter, j'étais comme à la maison. C'est ainsi que les bouquins me suivirent dans mes nombreux périples aux quatre coins de l'Europe [C'est là que j'ai vraiment envie de vous recommander Kindle, parce que c'est lourd ces conneries], et je pense sincèrement que cela m'a beaucoup aidée à ne plus jamais avoir le mal du pays où que je soies.

A présent, ça fait quatre ans et demi que je vis en Angleterre, et comme tout le monde, plus les années passent, plus je dois me soumettre malgré aux étapes de la vie adulte que la société impose. Je suis à l'une des périodes les moins heureuses de ma vie; j'ai beau mépriser les fameux diktats de la société, il n'empêche que j'en ai ras-la-touffe d'être célibataire, ma vie professionnelle n'avance pas du tout, je n'ai pas un sou en poche, je n'ai pas payé ma facture de gaz depuis février (et en Angleterre ils ne déconnent pas avec les huissiers), et je suis à deux doigts de me faire expulser de mon appartement. Je n'ai pas les moyens de venir en France cet été, et mes amis et ma famille me manquent cruellement. C'est la première fois en plusieurs années que j'échoue à me rendre à Paris tous les trois mois. Mais pire que ça, j'ai atteint le poids le plus élevé de toute mon existence, malgré mes différents efforts pour perdre du poids, malgré la suppression de sucre et de gluten dans mon alimentation, malgré les verres de jus de citron chaud le matin, les portions plus petites de nourriture, les infusions aux herbes le soir, et les sept thés verts par jour. J'ai perdu toute confiance en moi, et mes troubles compulsifs alimentaires on repris de façon alarmante. Alors que ces trois dernières années, ma lecture de Harry Potter était très sporadique, depuis que j'ai connu mes derniers déboires affectifs en date il y a quelques semaines, j'ai repris une lecture très intensive de la saga. En parallèle, je regarde une quantité incroyable de vidéos de théories potteriennes faites par des fans, et je commente beaucoup et échange de nombreux messages avec d'autres fans.

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Ce matin, alors que je regardais une vidéo du youtubeur "Harry Potter Folklore" (je vous le recommande pour éclairer vos zones d'ombre sur la saga, il est super), j'ai réalisé qu'une fois de plus, je devais ma sanité d'esprit en ces temps difficiles à cette nouvelle période intense de Potter-fangirling. C'est la seule chose en ce moment qui me fait conserver ma joie de vivre naturelle. Cette joie de vivre maintenue me permet de me concentrer sur les choses positives de ma vie, comme ma chance incroyable en terme d'amis, ou le fait que je sois à peu près la seule personne  dans tout Liverpool qui ait son appartement [vivre seul en Angleterre relève un peu de l'utopie], ou mon boulot en tant que guide touristique des Beatles; bien que les visites guidées soient irrégulières, obtenir ce boulot était l'un des buts les plus importants de ma vie.

 

Si vous aussi êtes fans, n'hésitez pas à me faire signe; depuis qu'Animaux Fantastiques est sorti, j'ai été plutôt isolée géographiquement des autres fans, ce qui me rend physiquement très frustrée d'en parler!  



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Mardi 4 juillet 2017 à 19:58

Après réflexion, je peux dorénavant affirmer que la meilleure décision que j'ai pris cette année, c'est de commencer à prendre des cours de guitare avec Oliver. 

J'ai connu Oliver en décembre 2015, alors que je travaillais dans un hôtel dans le centre-ville de Liverpool. Juste après l'avoir engagé, ma responsable m'avait dit  "Oh Laure, tu vas adorer le nouveau, Oliver. Il est exactement ton type". Une autre collègue me confiait qu'il avait un très beau sourire. Il est vrai que lorsque je l'ai vu pour la première fois, je ne pouvais qu'être d'accord; il avait un sourire d'enfant, large et magnifique. Et c'est vrai que comme le prédisait ma responsable, il cochait toutes les cases de ma checklist, musicien, chanteur, auteur, compositeur et guitariste de son groupe, une présence sereine et apaisante, une excellente connaissance de la musique, et un gros faible pour les Beatles. Nous nous sommes tout de suite très bien entendus. Nous discutions beaucoup musique, et dans la foulée, il m'avait fait écouter quelques chansons de son groupe. Il avait tout pour plaire, mais contre toute attente, je n'avais pas mordu à l'hameçon. Du moins, je n'en avais pas eu le temps. A l'heure actuelle, je ne sais toujours pas vraiment pourquoi la mayonnaise n'avait pas pris. Je ne savais pas si c'était le fait qu'il ne soit resté que deux mois, et qu'il bossait de nuit et moi principalement de jour, ou si c'était le contexte de ma vie amoureuse à l'époque qui m'avait rendue si hermétique. J'avais rencontré Oliver à un moment de ma vie où je développais  de multiples béguins ultra éphémères pour X ou Y, avant de me rendre compte que ce n'était rien de plus qu'un reflet de ma volonté désespérée de tomber de nouveau amoureuse de quelqu'un. Je crois que je m'étais fermée à lui par peur de faire une nouvelle erreur. 

Au début de cette année, j'étais tombée sur lui tout à fait par hasard sur Tinder, et depuis il commençait à me traverser régulièrement l'esprit. Il était célibataire, c'était peut-être un signe (et puis c'est tellement rare qu'un musicien soit célibataire, surtout s'il est doué). Cependant, j'avais laissé écouler quelques mois supplémentaires avant de reprendre contact avec lui. Je connaissais David depuis presque deux mois quand j'avais décidé qu'il serait temps d'accepter la proposition qu'Oliver m'avait fait de me donner des cours de guitare alors que nous étions collègues. L'offre tenait toujours, alors nous avions convenu d'une date pour la première leçon, le jeudi 14 juin à 14:00. 
David était trop indécis à mon goût, et cette histoire allait trop longtemps, alors j'avais décidé que plutôt de m'accrocher à lui, je mettrais des oeufs dans plusieurs paniers, pour ne pas tomber de trop haut si les choses n'allaient pas dans mon sens, et d'avoir une distraction. Surtout, il était temps que je ressortes du placard mon vieux rêve d'être musicienne et de dépoussiérer ma guitare qui jusque là ne m'avait pas servi. 

A l'instant même où je l'ai revu, j'ai su que le moment prophétique que mon ancienne responsable prédisait depuis si longtemps se produisait enfin. J'ai mordu à l'hameçon, et je continue même à le laisser me perforer la bouche. 

La première leçon était sympa. Oliver avait réveillé en moi l'ancienne Laure, celle que je n'avais jamais cessé d'être au fond. Avec ses leçons, Il m'avait fait prendre conscience que j'étais dans le déni; mon rêve de carrière musicale était resté intact. J'étais essortie pleinement enthousiaste de cette première entrevue, bien qu'Oliver avait désinvoltement mentionné une petite copine dans la conversation. Je m'en foutais un peu, car j'attendais surtout de lui qu'il me distraie de David.
J'avais adoré son appartement; c'était un studio, qui avait l'air d'être sorti tout droit des années 50 ou 60. Un studio qu'on aurait automatiquement attribué à un Bob Dylan, un John Lennon ou un Jimi Hendrix. Cuisine, coin salon et lit tous dans la même pièce, toilettes et douche partagés sur le palier. La bâtisse elle-même était si ancienne qu'elle semblait déjà avoir abrité un bon paquet de musiciens avant Oliver, et aucune rénnovation ne semblait avoir été faite depuis au moins trente ans. Dans la pièce, on y trouvait une guitare dans chaque coin, une ampli, un bureau des années 50, un lit simple adossé contre un vieux placard, une table basse et un canapé dépareillés, des bougies dans des photophores turcs, des collages artistiques sur un pan de mur, un lecteur vinyl qui devait déjà tourner des disques bien avant sa naissance,  un décapsuleur Mickey Mouse, une étagère avec des assiettes à motif fleuri, des coussins en soie, un réfrigérateur presque vide, un grand panier à linge bleu turquoise (le même que le mien), des médiateurs de toutes les couleurs éparpillés un peu partout, des vitraux d'époque sur les fenêtres, un poster encadré Fantasia de Disney, une couverture de vinyl encadrée des Beach Boys, et surtout, une autre couverture de vinyl encadrée des Beatles; With The Beatles, mon album préféré de des Quatre Garçons dans le vent. Comment avais-je pu oublier que c'était aussi l'album préféré d'Oliver! Ce genre de détails reste d'habitude toujours dans ma mémoire. C'était con, mais cela me rendait tellement heureuse. With The Beatles n'est jamais l'album préféré des fans, j'avais l'impression qu'il n'y avait que moi qui l'aimais autant. 
 
La seconde leçon en revanche m'avait laissée amère. Je sentais une distance presque palpable entre Oliver et moi, et cela me rendait anxieuse. Mais où avais-je la tête. Non seulement il avait parlé davantage de sa copine ce jour-là, mais en plus, je voyais se profiler un gros déjà-vu à l'horizon. Pour situer le contexte pour les lecteurs qui viennent de commencer à me lire, je suis déjà tombée amoureuse d'un musicien [plutôt célèbre]  dans le passé, et il m'avait brisé le coeur, et les soirées en after que j'avais passé backstage en sa compagnie et celles d'autres groupes m'avaient fait perdre toutes toute illusions et ma rêve d'être artiste. J'avais remarqué que ces tous musiciens agissaient tous sans exception comme de beaux salauds, la cocaine et la célébrité leur montant à la tête. Je m'étais jurée que plus jamais je ne m'éprendrais d'un artiste. Oliver est encore à un stage très précoce de sa carrière, mais son groupe est déjà le chouchou de tous les promoteurs de Liverpool, et il a fait une tournée tremplin sponsorisée par le magazine de musique le plus célèbre du Royaume-Uni. Et bien qu'il soit tout à fait adorable à présent, je ne connais que trop bien que le lavage de cerveau que les musiciens subissent en chemin vers la gloire. J'allais droit dans le mur. 
 
Contre toute attente, la troisième leçon s'était passée beaucoup mieux que la précédente. Oliver avait commencé à s'ouvrir, et même à me demander une cigarette pour prolonger l'habituelle conversation que nous avons à la fin du cours sur le pas de sa porte. Je le sentais plus à l'aise, plus enclin à se rapprocher de moi. Nous avions même ensuite fumé une seconde cigarette, alors qu'il s'appliquait lors des précédentes leçons à refuser poliment les cigarettes que je lui offrais. Nous avions évoqué nos vies affectives respectives, les différentes ruptures amoureuses que nous avions traversé chacun de notre côté. Malgré moi, je commençais à flirter de façon très maladroite, et bien que je ne m'en étais maudite par la suite,  cela ne semblait pas déranger Oliver, même si lui ne flirtait pas en retour. Cependant, il semblait apprécier l'attention que je lui portais. 
 
 
Je viens tout juste de ressortir de ma quatrième leçon; incontestablement la meilleure jusqu'à maintenant. Oliver m'a accueilli avec un enthousiasme qui faisait plaisir à voir. Bien que je soie arrivée un peu en retard, il s'est tout de suite empressé de me faire écouter la nouvelle chanson qu'il avait enregistré avec son groupe. Par pudeur, il est allé aux toilettes immédiatement après avoir pressé play. Et c'était très bien comme ça, parce que j'ai fondu en larmes. J'ai passé une très mauvaise semaine, et ces derniers jours, je ne cesse de craquer à chaque belle ballade que j'entends. Cette chanson est parfaite. Oliver a vraiment donné le meilleur de lui dans ce morceau. L'instrumentalisation est meilleure que jamais, et dieu merci, il a modifié sa voix; son niveau style vocal était beaucoup plus naturel et agréable. Son groupe a clairement subi une transformation drastique pour le meilleur. Je n'arrive pas à décrire à quelle point cette chanson est merveilleuse, mais c'est comme si Oliver vivait sa chanson plus qu'il ne la chantait. 
Quand Oliver est revenu, il a vu que j'essuyais des larmes au coin de mes yeux. J'ai bredouillé quelques compliments émus; Oliver était aux anges. Il m'a ensuite demandé ce qui n'allait pas, et je lui ai tout raconté par rapport à David, et il m'a écoutée avec grande attention. Nous avons ensuite sans enchaîné sur la guitare, et il m'a poussée à me dépasser. Il n'a cessé de se répandre en compliments encourageants, un sourire satisfait et radieux à ses lèvres. J'ai souri moi aussi. J'ai souri sincèrement pour la première fois depuis des semaines. 
 

Ce matin, j'ai failli crever.
J'ai glissé sur le sol mouillé de ma salle de bains, et tombée violamment  en arrière sur l'escalier carrelé qui mène à la baignoire. Ma tête est tombée à quelques milimètres du bord solide et pointu de l'une des marches. Pendant quelques secondes, j'ai vu ma vie défiler devant mes yeux. Même si mon dos est atrocement douloureux, je m'en suis miraculeusement sortie sans saignement ni fracture (enfin je crois). Immédiatement après, j'ai pleuré, non de douleur, mais de solitude. Je me suis rendue compte que si j'y étais passée, personne ne l'aurait sû avant que mon cadavre ne commence à empester dans le hall de mon immeuble plusieurs jours après. Que si j'avais été simplement inconsciente, j'aurais de toute façon fini par mourir d'une hémorragie dans l'ignorance générale. Sans nouvelles de moi, ma mère aurait simplement cru que la batterie mon téléphone français se serait déchargé et que j'avais oublié de m'en occuper, et les rares amis que j'ai à Liverpool auraient simplement pensé que j'avais oublié de leur répondre ou que je m'étais endormie. Il m'arrive de laisser écouler plusieurs jours, semaines, mois avant de répondre à un message, et personne ne se serait inquiété. 
Alors que j'étais étalée à poil sur mon carrelage trempé, j'ai réalisé qu'Oliver était devenu le petit rayon de soleil de mon quotidien auquel je devais m'accrocher. Avec ou sans béguin, ces petits rendez-vous hebdomadaires me ramènent à la vie. 
 

 

Je vous mets une vidéo d'une de ses chansons que j'aime bien. C'était avant qu'il change sa voix. 

 Trudy and the Romance - Wild 

 

Lundi 3 juillet 2017 à 16:47

 Presque trois ans se sont écoulés depuis mon dernier article sur Cowblog. 

Plusieurs fois, j'ai voulu revenir. Il y avait toujours une bonne raison de ne pas le faire. D'abord, la crainte d'une absence totale de lecteurs. Ceux qui disent qu'ils n'écrivent pas être pour être lus mentent. Si vous ne me croyez pas, allez donc consulter un psychologue. 
Ensuite, la flemme. Rien à ajouter là-dessus, aucune raison valable, j'ai merdé.
Enfin, mon véganisme. Je tiens à préciser que je suis toujours végane, et je continue fermement à défendre la cause. Seulement, je dois bien avouer que j'ai encore des habitudes d'omnivore, et me nourris encore beaucoup trop de substituts. Ce qui me fait bouder les aliments qui seraient bons pour moi. A l'époque de mon omnivorisme, le saumon des sushis que j'avais l'habitude d'ingurgiter à la pelle était ma principale source de vitamine B12. Après deux ans de véganisme, mon corps a épuisé mes réserves de B12. Depuis, l'inévitable s'est produit; souvenez-vous de ce que nos parents nous répétaient quand nous étions petits? "Mange du poisson, c'est bon pour la mémoire". J'ai donc à présent une très mauvaise mémoire, car je néglige mon apport en B12. Bien des fois, il m'a effleuré l'esprit de revenir par ici, me réfugier dans mon abri cowbloguien. Or, les différentes émotions que j'ai pu ressentir ces dernières années devenaient rapidement floues, et m'échappaient avant même que je puisses les rédiger en détail. Putain, ça fait déja trois fois depuis le début de cet article que j'ai même oublié ce que je voulais écrire! 

Je viens enfin de surmonter toutes ces entraves, quand il y a 7 minutes, j'ai atteint un nouveau niveau de connerie profonde en envoyant à un message à un mec qui ne représente absolument rien à mes yeux.  L'amie que j'étais censée voir cette après-midi s'est décommandée à la dernière minute, et c'était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase. Heureusement que je me tenais à 11cm de mon ordinateur quand elle m'a envoyé son texto. ça ne m'a pas évitée de proposer un plan cul à une version cheap de Kurt Cobain à 20 ans, mais au moins, en écrivant cet article, j'ai repris le bon chemin. 

Vois-tu lecteur, il y a 3 mois, j'ai eu le rencard parfait. Il s'appelait David, il avait 19 ans (oui bon ça va hein, il en paraissait 25). Un étudiant en mathématiques avec un quotient intellectuel supérieur à la moyenne, grand, mignon, avec un cul ferme et des jambes de rugbyman (normal, il joue au rugby).  Une moue énigmatique digne d'une chanson de Lady Gaga la plupart du temps (ça me plaisait), mais un sourire d'enfant quand il voulait bien se donner la peine. Il était certes un peu jeune pour moi, mais il donnait des cours de maths à des gens plus vieux que moi. Il aimait beaucoup Ed Sheeran, mais je lui pardonnais, parce qu'il maîtrisait très bien Led Zepp' et les Beatles, et à peu près tous les groupes du monde en fait. Il savait geeker sur Harry Potter avec moi, et surtout, il était féministe. C'était la première fois que je ne me sentais pas sous pression de coucher avec un mec. Il ne m'avait même pas embrassée à la fin du rencard, et ça tombait bien, parce que je ne me sentais pas prête. Pas sur la bouche. Au lieu de ça, il avait juste doucement saisi ma hanche, serrée contre lui et déposé un baiser  quelque part à un carrefour entre ma mâchoire et mon oreille. C'était idéal. 

C'était le 6 avril 2017. Nous sommes à présent le 3 juillet, et je ne l'ai toujours pas revu. Je te passerais les détails longs et fastidieux lecteur, syndrome d'Asperger, études sérieuses, ambition, blablabla etc. Je vais te coller une ellipse temporelle, et simplement te dire que nous sommes toujours plus ou moins en contact. Durant ces trois derniers mois, il y avait toujours du flirt inclus, malgré ses fréquentes disparitions brutales en plein coeur de nos conversations. 
A présent que ses exams sont enfin tous finis, il a beaucoup de temps libre, et nous avions convenu de nous voir aujourd'hui. 
Maintenant lecteur, comme tu peux voir, j'ai déjà envoyé un texto désespéré à  un plan cul alors qu'il n'est que 15:10, et je suis en train d'écrire un article; ai-je vraiment besoin de préciser si ce second rencard va se passer aujourd'hui ou pas?

David est juste un gros lâche de plus. Notre dernière conversation de vendredi soir ne s'est pas trop bien passée, et sans même avoir eu besoin de nous engueuler, il a une fois de plus brutalement arrêté de me répondre en plein milieu de la conversation. L'absence de réponse me donne souvent des tendances bipolaires, et je lui ai envoyé quatre messages dans la foulée, comme un typique misérable pot de colle qu'on se garde bien de rencarder. Encore une fois, j'ai la flemme de rentrer dans les détails, et j'ai oublié de racheter des vitamines, mais mes émotions sont encore bien claires et nettes dans mon esprit. Il est 15:17, et, comme lui, je suis clairement occupée à faire comme si aujourd'hui j'avais oublié que nous devions nous voir aujourd'hui. Comme lui, samedi soir j'ai noyé ma story snapchat de photos d'alcool et de bars et de potes, en mode t'as-vu-comment-je-m'éclate-je-n'ai-même-pas-besoin-de-toi-dans-ma-vie. La seule différence c'est que tandis que lui prenait des photos parce qu'il était de sortie, moi j'étais de sortie uniquement pour prendre des photos. 

Il est 15:22, et il est probablement en train de s'amuser quelque part avec ses amis, ou planifier les voyages que je ne peux plus faire. Moi, j'ai mis une ballade de George Harrison sur play, et j'ai sorti le vin de la solitude pour la quatrième fois en six jours. Il fut un temps il n'y a pas si longtemps, où j'aimais bien me payer un verre de vin un soir à la maison. J'avais l'impression d'être dans une série américaine de trentenaires. Sauf que je suis passé de l'unique verre de vin, métaphore d'une indépendance savourée façon Carrie Bradshaw aux multiples verres que Bree Van de Kamp prend après la mort de son mari, le rencardage d'un psychopathe et la perte de son fils.

Je vais t'avouer quelque chose de très honteux lecteur,; fidèle à moi-même, j'ai eu ce sentiment inexplicable et complètement dingue que David était celui avec lequel je passerais le restant de mes jours. Bien sûr, je me suis bien gardée de lui faire une telle confession, car c'est tout à fait effrayant d'avoir des pressentiments comme ça par rapport à quelqu'un que l'on connaît à peine. Mais je ne pouvais m'empêcher d'avoir cette impression, qu'enfin, toutes étoiles étaient alignées, et que moi aussi enfin droit à une histoire d'amour aussi parfaite que celles de mes meilleurs amis. Tous mes amies les plus proches ont trouvé leur équilbre en couple. Elles sont toutes respectivement avec un homme qui un mélange parfait d'âme soeur et de meilleur ami, et de partenariat en conneries. Des hommes tellement extraordinaires que je les ai adpotés comme mes propres frères, et ils me le rendent bien. A chaque fois que je retrouve mes amis, je suis immédiatement happée dans cette bulle familiale, douce et chaleureuse. Pourquoi moi je ne pourrais non plus offrir cette bulle accueillante, rassurante et confortable à mes amis? Pourquoi, moi aussi, je ne pourrais pas avoir ce quotidien sûr et équilibré? Cette pensée et d'autant plus douloureuse à chaque fois que j'ai une angine. J'ai souvent des angines, et, vivant seule, je n'ai jamais personne pour aller chercher mes médicaments ou me faire de la soupe ou une purée quand je suis trop malade pour me lever. Je finis toujours au fond de mon lit, brûlante de fièvre, le ventre creux, en train de pleurer comme une merde. 

Tout ça, ce n'est même pas vraiment à propos de David. C'est à propos de moi. Je ne reconnais plus la personne sûre d'elle, rêveuse, laborieuse et ambitieuse que j'avais réussi à devenir. Je ne supporte plus cette solitude [le premier qui me dit "prends un coloc" j'le défonce] et ces vagues de haine envers moi-même. Et bon sang, cette putain de vie professionnelle qui ne va nulle part, ça me ressort vraiment par les trous de nez. Elles ont bien de la chance, les générations précédentes qui disent que la vingtaine, c'est la meilleure époque de notre vie. C'est juste un lot d'emmerdes, d'être vingtenaire au 21e siècle. 

Heureusement qu'il me reste les cours de guitare d'Oliver, mais ça j'y reviendrai un autre jour. 
 

Dimanche 28 septembre 2014 à 11:40

Se prouver quelque chose à soi-même. Faire tomber des mâchoires. Gagner. 

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Jeudi 25 septembre 2014 à 19:54

Vers 5h du matin, il s'était glissé dans la chambre d'invités, pour me rejoindre sous les draps. Mon coeur avait sonné, lourd et retentissant, comme un gong du destin. 

Il me serrait tendrement dans ses bras. ses doigts dansaient sur ma nuque. Nos bouches se touchaient presque. Son souffle brûlant embaumait mon visage, mais je m'appliquais à fuir ses lèvres. 
Très vite, je succombai à l'envie de le caresser. Mes mains me démangeaient furieusement, mes paumes réclaimaient désespérément son épiderme. Il eut un petit rire de satisfaction, un tout petit rire insolent et victorieux. Il avait gagné.
Enfin presque. Je refusais toujours de l'embrasser, malgré les sommations muettes de ses mains agrippant doucement ma chevelure. Je détournais la tête effrontément, encore et toujours, haletant de frustration. Cela ne freina pas ses ardeurs; il redoubla d'efforts, poursuivant inlassablement ce ballet interminable de nos deux visages. 

J'avais peur. J'étais terrifiée. Je savais ce qu'il se produirait, si je baissais ma garde. Mon coeur entamait déjà une danse effrénée un peu trop familière à mon goût, et je ne voulais pas l'encourager dans ses acrobaties. Je ne voulais pas tomber amoureuse de Rob, bordel de merde, non je ne voulais pas. Ce n'était pas l'offre pour laquelle j'avais souscris. 

Mes lèvres, la dernière porte qu'il restait à franchir avant d'atteindre mon coeur. 

Le flot de pensées s'entrechoquant dans ma tête me distrayait dangereusement; Rob profita de ce moment d'inattention de ma part, et m'embrassa.

A peine ses lèvres entrèrent en contact avec les miennes que je cessai le combat. Je me rendai. Je m'abandonnai immédiatement à lui. 

Mon coeur explosa. Plénitude. Les paupières closes, J'expirai de bonheur dans son baiser. Des papillons. Des putains de milliers de papillons battaient de leurs ailes contre les parois de mon ventre. Ce que je ressentais en cet instant-même était si fantastique, si inimaginable que j'avai l'impression de ressusciter. Merde, c'était véritablement comme si j'étais morte avant. Mieux encore, c'est comme si je n'étais pas née jusqu'à ce que Rob m'embrasse. Il m'insufflait la vie.

Ses lèvres douces et fermes, sa langue délicieuse et habile, ses soupirs stimulants, sa main impérieuse plongée dans mes cheveux... C'était le baiser que j'avais recherché toute ma vie sans le savoir. Il m'embrassait comme j'avais toujours rêvé que l'on m'embrasse. Tant de précision et de concordance que c'en était effrayant. Il m'avait donné le baiser Parfait. 

J'étais prise au piège. 


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